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Alors que le Bénin s’engage dans la mise en œuvre de la réforme des six pôles de développement territorial, Kadri Mama Soulé, jeune acteur politique de Kalalé et membre du Bloc Républicain, plaide pour une meilleure prise en compte des enjeux environnementaux et climatiques. Dans une note de plaidoyer publiée en octobre 2026, ce citoyen béninois propose l’ajout d’une cinquième composante consacrée à la résilience climatique et à la gestion durable des ressources naturelles. Son objectif est de préserver les investissements, de renforcer les économies locales et de garantir la pérennité des résultats attendus dans les domaines de l’agriculture, de l’industrie, du tourisme et de l’innovation technologique. Pour lui, le développement des territoires ne peut être durable sans une protection efficace des sols, des ressources en eau, des forêts et du littoral. Lisez ci-dessous l’intégralité de sa note de plaidoyer.
Pôles de développement territorial : pour un volet «Environnement et résilience climatique* »
Note de plaidoyer de Kadri Mama Soulé. Citoyen béninois . Octobre 2026
- Objet de la note
La réforme des six pôles de développement territorial est une initiative structurante, que nous saluons. Cette note propose de la compléter par un volet supplémentaire : la gestion de l’environnement et la résilience face au changement climatique. Il ne s’agit pas de critiquer la réforme, mais de protéger ses résultats : les gains attendus en agriculture, en industrie, en tourisme et en technologie reposent sur des ressources naturelles (sols, eau, littoral, forêts) aujourd’hui fragilisées.
- Ce que le gouvernement fait déjà
- Architecture : six pôles (Nord-Est, Nord-Ouest, Centre, Sud-Est, Sud-Ouest, Grand-Nokoué), un Comité national de pilotage présidé par le Chef de l’État et des Délégués généraux résidents, installés d’ici la fin 2026.
- Quatre composantes obligatoires par territoire : agriculture productive, au moins une usine de transformation, valorisation touristique d’une ville et d’un village de caractère, initiatives technologiques.
- Priorités: réduction de l’extrême pauvreté, capital humain, création de richesses locales.
- Calendrier : nomination des Délégués généraux, experts et diagnostic territorial d’abord ; filières prioritaires définies de janvier à mars 2027 ; premier bilan après douze mois.
- Déjà engagé sur le terrain, projet par projet : près de 160 millions de dollars pour protéger le littoral (treize ouvrages à l’est de Cotonou) et 20,7 millions de dollars pour restaurer 20 000 hectares de terres dégradées.
- Propositions concrètes
- Ajouter une cinquième composante aux quatre composantes obligatoires : « Résilience environnementale et gestion durable des ressources », avec au moins une action visible par pôle et un budget identifié.
- Intégrer une cartographie des risques (érosion, inondation, sécheresse, dégradation des sols, déforestation) au diagnostic économique et territorial, avant la définition des filières en janvier–mars 2027.
- Doter chaque délégation d’un point focal environnement et climat, en lien avec les services du ministère de l’Environnement, les mairies et les préfectures.
- Adapter les actions au profil de chaque pôle :
- Grand-Nokoué, Sud-Est, Sud-Ouest (littoral et plaines inondables) : entretenir et compléter la protection du littoral (façade de 125 à 150 km, recul pouvant atteindre une trentaine de mètres par an selon des experts, route Cotonou–Porto-Novo menacée). Les ouvrages déplacent parfois le problème vers l’aval, d’où l’importance d’un entretien dans la durée. Réglementer l’extraction de sable, améliorer le drainage urbain et l’assainissement, installer une alerte précoce des crues. Maîtriser l’eau dans la basse vallée de l’Ouémé (plus de 60 000 ha irrigables) et protéger les lagunes du Mono aval pour la pêche et la saliculture.
- Centre : restaurer les terres et les forêts (plus de 40 % des terres agricoles dégradées, environ 75 000 ha de forêts perdus chaque année), lutter contre les feux de brousse, développer l’agroforesterie.
- Nord-Est et Nord-Ouest : petites retenues d’eau, forages et irrigation à petite échelle face aux sécheresses prolongées ; concertation sur les couloirs de transhumance ; cohabitation avec les aires protégées.
- Créer des filières vertes locales qui produisent aussi des emplois : reboisement et pépinières, énergies propres (cuisson, solaire pour la transformation), valorisation des déchets, écotourisme, agroécologie.
- Mobiliser des financements climat (fonds internationaux et partenaires déjà engagés sur les terres dégradées et l’adaptation) en présentant des projets de pôle finançables, plutôt que de compter uniquement sur le budget national.
- Mobiliser les cadres ressortissants : le Président les a invités à s’investir dans leurs régions d’origine. Reboisement, assainissement et appui aux associations locales sont des terrains concrets et accessibles.
- Sensibiliser les populations : moins d’un Béninois sur deux (46 %) a entendu parler du changement climatique, alors que 73 % jugent que le gouvernement doit agir d’urgence. Prévoir des campagnes en langues locales, avec relais communautaires, radios et écoles.
- Indicateurs de suivi proposés
Pour rester dans la logique de résultats voulue par le Président, chaque pôle pourrait suivre :
- le nombre d’hectares de terres restaurées ou protégées ;
- le nombre d’arbres plantés et survivants après 12 mois ;
- le nombre de ménages et d’exploitations couverts par un système d’alerte précoce ;
- le nombre de kilomètres de linéaire côtier ou de berges protégés ;
- le nombre d’emplois verts créés ;
- le nombre de communes disposant d’un plan local de gestion des risques ;
- les pertes agricoles et les dommages liés aux inondations ou à la sécheresse (en baisse sur la période).
- Objections prévisibles et réponses
- « Les quatre composantes suffisent. » Elles décrivent ce qu’on veut produire, pas ce qu’il faut protéger pour pouvoir le produire. Le volet environnement garantit la durabilité des quatre autres.
- Cela existe déjà dans les ministères. Les actions actuelles sont sectorielles et par projet. Les pôles offrent précisément l’échelon de coordination territoriale qui leur manque, sans créer de nouvelle bureaucratie.
- C’est trop coûteux. Le coût de l’inaction est déjà visible : près de 160 millions de dollars dépensés pour le seul littoral. Prévenir et intégrer les risques dès la conception coûte moins que de reconstruire.
- L’urgence est économique. Les filières vertes sont elles-mêmes des sources d’emplois et de revenus locaux.
- Les pôles feront produire nos territoires. Il faut aussi leur permettre de durer.
- Une usine, une plage, une exploitation agricole : rien de cela ne tient si la mer, l’eau ou la terre nous échappent.
- Le même volet, avec des réponses différentes pour le littoral, les vallées et le Nord.
- Nous proposons de compléter la réforme, pas de la changer.
- La résilience climatique est un levier contre la pauvreté et un facteur de paix.
Kadri Mama Soulé