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Les élections de 2026 ont redistribué les cartes. Mais dans les sièges des formations politiques béninoises, l’activité n’a pas faibli. Entre révisions de textes fondamentaux, désignations de responsables locaux et préparation de congrès, les partis mènent une course silencieuse : celle de leur propre survie organisationnelle. Des Démocrates à l’Union Progressiste le Renouveau (Up-R) en passant par le Bloc Républicain (Br), une même séquence se dessine après le scrutin. Le temps du bilan et de l’ajustement. Mais derrière ces exercices statutaires, une question plus fondamentale se pose : les partis béninois changent-ils simplement de dirigeants, ou transforment-ils en profondeur leur mode d’organisation politique ?
Le parti politique Les Démocrates traverse la séquence la plus délicate. Le 3 mars 2026, Boni Yayi démissionne de la présidence du parti. Les 22 et 23 mars, le Conseil national porte Nourénou Atchadé à la tête de la formation, dans un contexte de divergences internes rapportées. Mais le calendrier impose sa loi : les instances élues au congrès de Parakou du 15 octobre 2023 arrivent au terme de leur mandat le 14 octobre 2026 à minuit. Le deuxième congrès ordinaire, prévu les 10 et 11 octobre 2026 à Porto-Novo, intervient donc juste avant l’échéance. Le parti présente ce calendrier comme une question de sécurité juridique et de continuité institutionnelle, plutôt que comme une simple formalité organisationnelle.
La montée vers le congrès est jalonnée de rendez-vous précis. Le 11 septembre 2026, la Coordination nationale tient sa troisième session ordinaire au siège de Fifadji, à Cotonou. Relecture des textes fondamentaux, propositions d’amendements, préparation du congrès, et demandes de réintégration de militants ayant quitté le parti étaient à l’ordre du jour. Le 26 septembre, un Conseil national extraordinaire adopte le règlement intérieur du congrès, fixe définitivement l’ordre du jour et met à disposition des structures de base les projets d’amendements aux statuts. Le 9 octobre, un dernier Conseil national finalise les dispositions relatives aux assises. Le congrès des 10 et 11 octobre doit porter sur l’évolution des textes fondamentaux, le règlement intérieur, le renouvellement des instances dirigeantes et la situation de certains militants demandant leur réintégration. Pour un parti qui a perdu tous ses sièges en 2026, l’enjeu dépasse la simple rotation des dirigeants. Il s’agit de solder une crise de succession, de refermer les fractures et de préserver la continuité juridique de l’organisation.
Du côté de Up-R, la dynamique est différente. Le parti ne traverse pas de crise de leadership comparable. Sa réorganisation est davantage tournée vers les structures de base. Le 17 août 2026, le président Joseph Djogbénou signe une décision portant désignation de plusieurs présidents de sections. Le 23 septembre 2026, une nouvelle décision procède à la désignation de nouveaux présidents de sections ainsi que de membres de bureaux de structures locales. L’objectif officiellement présenté est de renforcer l’animation des sections, la coordination des activités et le suivi des actions du parti sur le terrain. Là où Les Démocrates travaillent sur leurs textes et le renouvellement de leurs instances nationales, l’Up-R poursuit parallèlement la structuration de ses relais locaux. Il ne s’agit pas de comparer les performances politiques des deux formations, mais de souligner une différence de processus organisationnel. L’une se concentre sur la tête, l’autre sur les membres. Dans un paysage où la mobilisation territoriale reste déterminante, ce maillage constitue une infrastructure essentielle.
Pour le Bloc Républicain, le prochain grand rendez-vous organisationnel est annoncé pour décembre 2026. Le parti n’en est pas à sa première restructuration. En juin 2023, il avait déjà procédé à une importante réforme. Il s’agissait de la suppression du poste de Secrétaire général national au profit de la fonction de président du parti, occupée par Abdoulaye Bio Tchané, et mise en place d’une nouvelle architecture des organes, notamment un Bureau politique et un Bureau exécutif élargi. Les statuts du parti donnent au congrès un rôle central. Il définit l’orientation et le programme du parti, adopte ou modifie les statuts et le règlement intérieur, et élit les membres du Bureau exécutif national. Le congrès de décembre 2026 s’inscrit donc dans cette trajectoire. Il s’agira de consacrer ou de réajuster l’architecture mise en place trois ans plus tôt, et de poser les bases de la prochaine séquence politique.
Ces trois dynamiques : révision des textes chez Les Démocrates, maillage territorial à l’Up-R, préparation du congrès au Br ne relèvent pas de la routine. La révision constitutionnelle de décembre 2025 a porté les mandats présidentiel, législatif et municipal à sept ans, et a synchronisé l’ensemble des élections pour 2033. Le Bénin est donc entré dans une longue période sans échéance électorale majeure. Dans ce cadre, les partis ne sont pas en campagne. Ils sont plutôt en chantier. En période de trêve politique, ces recompositions permettent de définir de nouvelles stratégies, de préparer les échéances futures et, en définitive, de rester en course pour 2033. La réorganisation interne n’est pas un épiphénomène de la vie politique béninoise. Elle en est le socle.
✍🏾 Fiacre Kéface DAKODOUI