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Le journaliste culturel Sêmèvo Bonaventure Agbon, directeur de publication du quotidien ”Bénin Intelligent’n, a soutenu son mémoire de master en Communication et Relations publiques, lundi 29 juin dernier, à l’École nationale des sciences et techniques de l’information et de la communication (Enstic) de l’Université d’Abomey-Calavi. Une enquête de terrain qui révèle des données édifiantes sur l’image du Vodun dans le contexte de sa transformation en produit touristique.
La Rédaction
Verdict du jury après un moment intense de discussion : Mention Très bien, avec une note de 17/20. Mais au-delà de la performance académique, ce sont les résultats de l’enquête qui retiennent l’attention.

L’impétrant a mené, durant des mois, une enquête quantitative auprès de plus d’une centaine d’internautes et 14 créateurs de contenus culturels. 100 % des enquêtés ont déclaré avoir déjà rencontré des contenus qui leur ont semblé « injustes, exagérés ou caricaturaux » envers le Vodun sur les plateformes socio-numériques. Ce que confirme l’expert en sciences de l’information et de la communication, Dr Wenceslas Mahoussi lorsqu’il déclare que « Les réseaux sociaux numériques constituent un amplificateur actif des préjugés sur le Vodun ».

Toutefois, face à ces ”contenus stigmatisants”, 78,3 % des internautes choisissent simplement de les ignorer, tandis que seulement 11,2 % déclarent avoir réagi. Une passivité qui, selon l’auteur, renforce la visibilité algorithmique de ces contenus. « C’est ce que Dominique Cardon appelle la “loi de la puissance” qui montre que les algorithmes amplifient ce qui génère de l’engagement, y compris les stéréotypes », explique-t-il face au jury présidé par le professeur Ferdinand Kpohoue, par ailleurs directeur de mémoire. Mais la surprise vient d’ailleurs : 62 % des enquêtés désignent les Vodunnon eux-mêmes ainsi que les créateurs de contenus (culturels, rituels) comme les plus grands responsables de l’image caricaturale du Vodun sur internet.
En vue de confirmer ce constat, Sêmèvo Bonaventure Agbon a établi, à travers une recherche par mot clé notamment, le top 40 des meilleurs créateurs de contenus (sur le Vodun) sur la base de l’échelle de la célébrité proposée par le britannique Jais. Ce sont ceux qu’il appelle les ”défenseurs 2.0” du Vodun ou cyber-militants. Le créateur le plus influent qu’il a identifié est une jeune femme, fidèle du Vodun Thron avec une audience de plus de 550 mille abonnés sur TikTok.
Des cyber-militants mal outillés
En analysant les contenus diffusés par chacun des influenceurs de ce top 40, le constat est édifié : 27 profils diffusent des contenus peu qualitatifs. On y voit rituels bruts, publicités de gri-gri, potions et recettes magiques. Or, la nouvelle dynamique insufflée par les Vodun days, devrait conduire à une « exposition pédagogique » de la culture Vodun.
Par ailleurs, 60 % d’entre eux publient sans aucune ligne éditoriale, sans se donner de limites notamment par rapport à l’aspect sacré du Vodun. Or « Non, on ne peut pas tout dire du Vodun sur les réseaux sociaux numériques. Plus on connaît, moins on en parle. Il y a deux aspects majeurs du Vodun : il y a l’aspect sacré, réservé aux initiés ; là-dedans encore, il y a des niveaux… Donc, le numérique ne peut pas tout dire. Même s’il le veut, il ne peut pas le dire. Le numérique a cette limite importante », insiste le professeur Dodji Amouzouvi, qui figure parmi les 4 personnes ressources qu’il a interviewées au titre de l’approche qualitative.
En outre, 50 % des créateurs de contenus étudiés n’ont aucune notion en référencement SEO, 90 % ignorent les commentaires négatifs, au lieu d’y répondre. L’auteur et Bokonon, Septime Aza, autre source interrogée dans le cadre du travail, reconnait les limites : « La plupart de ces créateurs de contenus liés au Fa ou au Vodun priment la quête de visibilité, la quête d’audience sur le partage d’informations réelles liées au Fa ou au Vodun, et là, ça ne va déboucher que sur des dérives. »
Absence d’une stratégie participative
L’enquête révèle également un écart entre les initiatives individuelles et la dynamique étatique des Vodun Days. 100 % des créateurs de contenu évoquent l’inexistence d’une charte de l’image ou de bonnes pratiques à l’intention des créateurs. 92,9 % ne sont pas alignés sur la dynamique des Vodun Days.
Deux problèmes majeurs émergent alors, à savoir la folklorisation et la commercialisation à outrance et l’absence d’une instance de régulation. Sur ce volet, Sêmèvo Bonaventure Agbon estime que le Comité des Rites Vodun manque de pouvoir pour contrôler le récit sur le Vodun. L’impétrant propose alors de le transformer en une véritable instance de gouvernance, dotée notamment d’un pôle communication avec une cellule d’e-réputation et de réponse rapide.
« Une réflexion osée »
Les éloges n’ont pas manqué. Dr Alfred Djossou, rapporteur, a félicité l’impétrant pour un « excellent travail » et des « résultats assez fournis ». Dr Victor Kalu a salué une « réflexion osée ». Le professeur Ferdinand Kpohoué a souligné la pertinence d’un « excellent sujet », inscrit dans un « cadre précis et très actuel ». Le jury a alors recommandé à l’impétrant de transformer son mémoire en ouvrage « pour une lecture plus large ».
Sêmèvo Bonaventure Agbon a confié son émotion : « stress au départ, fierté à l’arrivée. » Pour le nouveau master « ce travail est une invitation à poursuivre la réflexion sur la manière dont le numérique peut servir notre identité culturelle, la promotion des cultures africaines et notre rayonnement touristique. »
Il propose aux créateurs de contenus, une application concrète de la théorie de l’exposition de soi de Goffman en vue d’assainir les productions médiatiques sur le Vodun. Il soulève, enfin, la question des représentations nationales des grands groupes comme Meta et Tiktok sur le continent africain.