
Après l’interview de Patrice Talon à Jeune Afrique, suivie de sa récente rencontre à huis clos avec son prédécesseur Dr Boni Yayi restée sans suite officielle, le doute n’est plus permis. Quelque chose se trame dans les coulisses du pouvoir. Le retrait d’un candidat du duo du principal parti d’’opposition, Les Démocrates, Me Renaud Agbodjo renforce l’impression que la main tendue entre les deux anciens adversaires politiques pourrait avoir déjà produit ses effets, loin des caméras.
Le scénario semble tout droit sorti d’un roman politique. Deux anciens rivaux que tout opposait, un silence bien calculé après une rencontre inattendue, et une élection présidentielle qui s’approche dans un climat d’incertitude. Mais au Bénin, la politique n’est jamais un simple hasard. Ce que Patrice Talon confiait récemment à Jeune Afrique « Peut-être nous retrouverons-nous autour du même choix, qui sait ? » sonne aujourd’hui comme une prophétie discrètement en marche.
Depuis la rencontre à huis clos entre Patrice Talon et Boni Yayi, aucune déclaration officielle, aucun communiqué conjoint, aucune image. Rien. Ce mutisme, inhabituel à ce niveau de responsabilité, a alimenté les spéculations sur la nature réelle de leurs échanges. Était-ce une main tendue au nom de la paix nationale, ou l’amorce d’un pacte politique tacite ?
Ce silence devient d’autant plus éloquent que, dans le même temps, l’un du duo désigné par Les Démocrates pour la présidentielle de 2026 a officiellement retiré sa candidature et par conséquent, son retrait de la scène politique pour quelque temps. Officiellement, la raison évoquée est « l’impossibilité d’obtenir les parrainages nécessaires ». Officieusement, beaucoup y voient le signe d’un compromis scellé entre le pouvoir et une opposition désormais à la croisée des chemins.
Dans son entretien exclusif à Jeune Afrique, Patrice Talon a laissé filtrer un message subtil mais lourd de sens « Je n’ai aucun problème personnel avec l’ancien président Boni Yayi […] Peut-être nous retrouverons-nous autour du même choix, qui sait ? » Une phrase, presque anodine, mais qui, à la lumière des récents événements, prend tout son poids politique. Car elle pourrait bien annoncer un rapprochement stratégique entre les deux hommes, autrefois ennemis irréductibles. En clair, le président Talon tend la main, et Yayi, affaibli par les défections internes et les obstacles institutionnels, semble prêt à la saisir au moins pour négocier un espace politique de survie pour son camp.
La politique béninoise, depuis 2016, a souvent été marquée par la confrontation entre continuité et rupture. Mais à l’approche de 2026, les lignes bougent.
Pour Talon, sécuriser une transition apaisée et garantir la stabilité du pays passe peut-être par une entente avec son prédécesseur. Pour Yayi, éviter l’exclusion totale de la vie politique et préserver l’existence institutionnelle de son parti justifie, selon certains analystes, une forme de coopération tacite. Plusieurs indices s’accumulent comme la rencontre Talon–Yayi restée sans commentaire; l’interview présidentielle évoquant une convergence possible et le retrait du duo de l’opposition, qui affaiblit la perspective d’une véritable alternance. Tout semble indiquer que les deux anciens adversaires se sont parlés, compris et peut-être déjà accordés.
Mais cette hypothèse n’est pas sans risque. Derrière le discours d’apaisement se profile une inquiétude, celle d’une normalisation du paysage politique, où les grands partis finiraient par s’accorder autour d’un même choix, au détriment du pluralisme.
Les observateurs les plus critiques redoutent une élection verrouillée, sans véritable opposition, où le “consensus national” servirait surtout à légitimer une succession contrôlée.
Dans les cercles de la société civile, certains parlent déjà d’une “cohabitation morale” entre Talon et Yayi utile pour la paix, mais lourde de conséquences pour la vitalité démocratique.
En 2016, Patrice Talon et Boni Yayi se regardaient en chiens de faïence. En 2025, ils pourraient bien regarder dans la même direction.
Le Bénin, réputé pour son exception démocratique, entre alors dans une phase nouvelle , celle d’un consensus de raison, où la réconciliation politique pourrait rimer avec la réduction de la diversité électorale. Et si, finalement, ce que Talon avait annoncé d’un ton presque léger, était déjà en train de s’accomplir, en silence ? Les jours à venir nous édifieront davantage sur les intentions réelles des uns et des autres.
✍️ Carmelle HOUNTON (Stg)