
C’est un secret de Polichinelle que les élections générales de 2026 au Bénin s’approchent à grands pas. Le débat relatif à ces joutes électorales est passionnant et préoccupe toutes les couches sociales. C’est d’ailleurs pour cette raison que votre Rédaction L’ŒIL DU BÉNIN a tendu sur la question son micro à Joël ATAYI-GUEDEGBE, expert en gouvernance et acteur de la société civile. Lecture de la situation socio-politique et de l”environnement dans lequel le peuple attend ces consultations électorales, l’état d’esprit des populations, les dispositions querellées du code électoral en vigueur, la désignation de Romuald WADAGNI, principal candidat de la majorité présidentielle,l’expert en gouvernance et acteur de la société civile fait ici le décryptage et apporte son éclairage à travers cet interview exclusif. Lisez plutôt !
L’OEIL DU BÉNIN: Dans quelques mois, le Président Patrice TALON achèvera ses deux mandats constitutionnels à la tête du Bénin, notre pays. Il sera alors organisé des élections générales prévues pour le 11 janvier 2026 pour les communales et législatives d’une part et, d’autre part, dès le 12 avril 2026 pour le premier tour de la présidentielle. Quelle lecture faites-vous, monsieur ATAYI-GUEDEGBE , sur la situation socio-politique dans notre pays à l’heure actuelle ?
Joël ATAYI-GUEDEGBE : La situation socio-politique dans notre pays est relativement stable et même s’il y a beaucoup d’adversité à la veille des élections qui viennent, nul ne sait quelles vont être les offres des uns et des autres. Il est bien trop tôt pour le dire. D’ailleurs, il n’y a qu’un seul camp qui ait présenté un candidat. Je veux parler d’un groupe de parties l’Union progressiste le renouveau et le Bloc républicain. On attend de savoir davantage de la part des parties la Renaissance nationale et le Moelle Bénin qui soutiennent le président Patrice Talon sans avoir quelque élu pouvant offrir un parrainage. Sinon avant, les individus isolés comme monsieur Isaac qui ont déclaré leur candidature. Donc, au plan politique, c’est à peu près cela; l’assemblée est en vacances. Et au plan social, c’est pas forcément très joyeux pour tout le monde, sans parler de la.menace terroriste à nos frontières septentrionales avec le Burkina Faso et le Niger…
Les échéances électorales tenues sous le régime, dit de la rupture du Président Patrice TALON ont été décriées et taxées d’exclusives par un certain nombre d’acteurs, notamment l’opposition, des organisations des confessions religieuses dont le clergé catholique. Ce fut le cas en 2019 lors des élections législatives et en 2021 lors de la présidentielle. À votre avis, comment appréciez-vous l’environnement socio-politique dans lequel le peuple attend les élections générales de 2026 ?
Je crois que c’est un environnement relativement mitigé mais avec autant de notes et de satisfaction quant à la réalisation de certaines infrastructures, voire la satisfaction de certaines attentes des populations comme un meilleur accès à l’eau, à l’électricité, à l’école où aux services publics en ligne. Cependant, il y a encore des difficultés persistantes, pour parler de la rareté des emplois disponibles ou du panier de la ménagère.Il est évident que tout le monde n’a pas rigoureusement trois repas par jour et l’on ne va pas se raconter des histoires malgré l’extension continue des cantines scolaires. Maintenant ce n’est pas pour autant la famine qui sévit. Je crois qu’il y a un an ou deux, oui on pouvait parler de difficultés par rapport au plan socio-économique avec les problèmes que les producteurs de soja et cajou disons les commerçants de ces matières premières avaient pour commercialiser à l’extérieur ces marchandises soumise à des réglementations données. Depuis, me semble-t-il les tensions se sont relativement applanies, mais, Il est possible encore qu’il y ait des sauts d’ insatisfactions de ce côté là et que cela appelle beaucoup plus l’attention du gouvernement et des autorités de notre pays dans l’ensemble. Pour le reste, oui par endroits, il n’y a pas l’ombre d’un doute que tout le monde est loin d’être pleinement satisfait; mais ce n’est pas forcément le lot du Bénin uniquement. Malgré tout, chaque gouvernement qui est en place a le devoir de satisfaire au mieux ses populations. Donc, cela me suggère que cette situation nous appelle chacun à la part d’effort de travail que nous devons accomplir pour que la nation se porte mieux et davantage de richesse à partager. On ne peut partager que ce que l’on a produit et puis même si ce n’est pas le cas, il faut constamment un effort de justice sociale le cas échéant en terme d’attention pour les groupes les plus défavorisés.
Quelle analyse faites-vous, monsieur l’expert, de l’état d’esprit des populations de notre pays à moins de six ( 06) mois de l’écheance électorale couplée des communales et législatives prévue pour le 11 janvier 2026 ?
Il est un peu difficile de parler de l’état d’esprit à tout prix. Tout le monde n’est pas abonné à la même enseigne, c’est évident. Je crois que avec l’annonce faite par le président Talon de sa volonté de ne pas forcer les choses pour s’octroyer un 3ème mandat et même la révélation du principal candidat de la mouvance du camp présidentielle, il y a relativement une détente, une espèce de décrispation en se disant peut-être que le jeu serait assez ouvert. Malgré d’autres reproches que certaines couches de la population pourraient faire au pouvoir en place.
Une disposition du code électoral en vigueur continue de faire l’objet de débats et de remous au sein de l’opinion nationale en particulier. Il s’agit de l’article fixant un seuil de 20% par circonscription afin qu’une formation politique soit éligible à l’attribution des sièges pour ce qui concerne l’élection législative. Pensez-vous, Monsieur ATAYI-GUEDEGBE l’expert, que cet article fait courir vraiment un risque pour le pays comme d’aucuns l’affirment au regard de l’expérience déjà vécue en 2020 lors de l’élection communale où le seuil pour qu’un parti politique puisse enlever les sièges aux conseils communaux et municipaux était fixé à 10% au plan national ?
Beaucoup le disent, je l’entends. Oui, c’est une innovation qui est plutôt gênante et qui ne va pas de soi même pour ceux qui défendent le principe de ce seuil relativement élevé. Il n’y a qu’à l’arrivée qu’on verra s’il n’y aura pas des situations douteuse avec l’ensemble des parties qui ne pourraient même pas atteindre ces fameux 20% dans chacune des circonscriptions s’il se présentaient seuls. Il faut bien le rappeller. Je crois que l’ouverture dans le code pour que les parties ne se présentant pas seuls constitueraient ou établiraient les accords de coalition parlementaires qui s’en tiennent à 10% au niveau national comme on a déjà pratiqué pour les communales et les législatives passées. C’est vrai, certains disent qu’ils n’ont peut-être pas de possibilité de passer un accord de coalition parlementaire qui leur assure que chaque parti membre de la coalition puisse finalement être éligible au partage des sièges au niveau des circonscriptions électorales à condition d’avoir atteint au moins 10% au niveau national plutôt le rédhibitoire score de 20% rendu exigible au niveau de chaque circonscription pour un parti non coalisé; même si c’est la liberté absolue que chaque parti.Pourquoi les uns et les autres ne se mettent-ils pas ensemble et pourquoi aussi on ne pourra pas atteindre ce seuil ? C’est plutôt l’électorat lui-même qui va rendre son verdict, avec le temps. Il se pourrait également que ceux qu’on croit gagnants où défavorisés finissent par déjouer tous les pronostics et sondages.Au fond, une élection est généralement quelque chose d’assez indécis et d’indéterminé au niveau des électeurs comme des résultats finaux. Mais, je reconnais qu’au jour d’aujourd’hui personne ne peut estimer qu’il ait l’assurance d’avoir cette information.
La dernière actualité de la CENA liée aux élections générales notamment la présidentielle, c’est le retrait de la fiche de parrainage, mardi 2 septembre 2025. Le parti Les Démocrates a pu effectivement retirer ses vingt-huit fiches par le biais de ses honorables députés. Quelle appréciation faites-vous de cette situation, étape cruciale voire décisive pour la participation de l’opposition à la présidentielle de 2026 ?
Vous le dites vous-mêmes, malgré ses critiques, l’opposition a fait le choix de participer à ces élections et de s’y engager. Je pense que c’est à son honneur, c’est la preuve de sa détermination. Je crois qu’au lieu de les railler, il faudrait la féliciter pour cet esprit républicain et non défaitistef. De manière spectaculaire et presque folklorique, les 28 élus d’un parti Les Démocrates sont allés en groupe procéder au retrait de leurs formulaires individuels et sécurisés de parrainage. Et, je crois savoir que de leur côté, certains députés de la majorité présidentielle ont commencé par retirer leur formulaire. Je crois que jusqu’au 12 septembre, chaque élu a la possibilité de venir retirer personnellement son formulaire. On verra ce qu’ils vont en faire parce que tous devront les remettre à leurs partis et suivre leur partis, sinon, éventuellement faire comme le député Ahossi, de l’opposition qui a déjà choisi de remettre son formulaire tout en soutenant un autre candidat que celui de son propre parti.
Un mot sur le candidat désigné de la mouvance, monsieur WADAGNI Romuald , pour cette présidentielle.
Je n’ai pas d’opinion particulière à . Moi, en tant qu’acteur de la société civile intervenant, notamment sur les questions électorales, je n’ai que ma voix ou mon suffrage dans le secret de l’isoloir. Je constate juste qu’il y a eu un effort d’unité pour aboutir à une candidature unique comme a semblé souhaiter le président Talon, leader de son camp politique. Est-ce qu’il y a eu unanimité ?Je ne saurai dire. Je n’ai pas entendu de mécontentement exprimé dans leur camp. Ça indique clairement qu’il y a eu certainement un effort pour rester disciplinés malgré les ambitions ou positions cntrariées ; il n’y a pas eu de primaires. Et, au plan plan de la prévisibilité et de la lisibilité, personne n’a annoncé explicitement la procédure. D’ailleurs on ne connait même pas encore pour l’instant la personne qui va l’accompagner en terme de duo. Es-ce que c’est la vice présidente Talata qui va le conduire ou quelqu’un d’autre? Voilà pourquoi les qualités de Wadagni sont indéniables, à la limite ses résultats également. Donc son action a été largement saluée. Pour autant, elle n’est pas moins critiquable en certains points. Donc, s’il avait le pouvoir de diriger le gouvernement, on voudrait espérer qu’il apporte une touche pour améliorer ce qui a été fait; on voudrait espérer qu’il entende les critiques et les suggestions en attendant que le débat se fasse.
Wadagni est désigné actuellement principal candidat de la mouvance présidentielle. Quels sont vos attentes en ce qui concerne l’opposition, le parti Les Démocrates pour désigner un candidat à la hauteur de ce candidat ?
Vous le dites vous mêmes, s’ il n’y a pas un candidat à peu près de même calibre, le match serait déséquilibré. Quelque part, on se dirige de toute façon vers deux candidatures au maximum. Il faut commencer par s’en convaincre dans la mesure où il n’y avait que trois partis en mesure d’accorder les parrainages. Deux se sont déjà mis ensemble. Il ne reste que le troisième pour désigner le second duo. Donc on espère qu’il y aurait de la qualité et que le jeu va valoir la peine. Que cela va mobiliser les béninois en terme de désir, en terme d’offre pour qu’au final notre pays choisisse le meilleur duo possible pour les cinq ans pouvant nous conduire en 2031. C’est le plus important. Vivement que l’opposition soit assez bien située et que la participation soit la plus grande possible.
Quel est votre mot à l’endroit des populations à propos du candidat choisi ?
Non, pour l’instant, il n’y a pas cette fameuse candidature commune à la majorité présidentielle et à l’opposition comme auraient pu faire croire certains propos du président Talon où la non désignation du colistier ou de la colistière du ministre d’État Wadagni et nous sommes pour un pluralisme digne de ce nom. Une fois cela posé, je n’ai pas de consignes de vote à donner du tout, notamment en tant que figure de la société civile. Je peux travailler dans la mesure de mes moyens et de ma santé, sinon, juste souhaiter davantage de sérénité, de paix et de participation de mes compatriotes pour que ces élections nous engagent tous, reflètent nos choix, en majorité. C’est bien ça la loi de la démocratie. Au moment des échéances électorales, il est idéal qu’on ait un choix clair à faire. Là, c’est aller voter l’un des partis, des candidats de fécieux droit de vite faire des propositions qui permettent de choisir en connaissance de cause parce que ça nous engage tous. Même du côté de ceux qui vont perdre, il est important qu’ils aient eu au-moins la capacité de participer, de dire ce qu’ils avaient dans le ventre et peut-être que ça peut compliquer ce qu’un éventuel vainqueur aurait à dire. Les échéances électorales, c’est un moment important pour un pays. Il est bon qu’on ne s’absente pas, qu’on ne boycotte pas, mais qu’on s’impose individuellement d’utiliser son précieux droit de vote pour en décider ensemble.
Interview réalisée et transcrire par Véronique N’DANIKOU