
Les chiffres officiels sont flatteurs. Avec 73,02 % de taux de réussite au Baccalauréat 2025, 77,25 % au BEPC, et un CEP avec 89,81 %. Le Bénin s’offre cette année des résultats inédits, qualifiés de « historiques » par certains responsables du secteur. Un pays qui célèbre ses élèves, qui félicite ses enseignants, qui se congratule de ses réformes. Sur le papier, tout semble aller pour le mieux. Mais derrière les statistiques mirobolantes, des inquiétudes doivent être nourries quant à la qualité réelle de l’enseignement et le niveau des apprenants.
Dans les salles de classe, le constat est souvent sans appel ; des élèves peu autonomes, des lacunes flagrantes en lecture, en compréhension de texte, en raisonnement logique. Des enseignants se plaignent de devoir corriger des copies remplies d’absurdités, voire de phrases dénuées de sens. Pourtant, ces mêmes élèves sont admis avec mention. D’où vient cette contradiction ? Qu’est-ce qui explique cette hausse vertigineuse des taux de réussite, jamais observée depuis les indépendances ? Faut-il y voir les fruits des politiques éducatives menées ces dernières années ? Ou un réglage politique à la veille de la fin d’un second mandat présidentiel ?
Il est indéniable que le gouvernement a engagé d’importantes réformes structurelles : numérisation des examens, formation des enseignants, meilleure gestion administrative, allégement des procédures… Autant d’initiatives qui méritent d’être saluées. Mais les résultats de cette année semblent trop beaux pour être crédibles. Ces résultats pourraient laisser voir un relâchement dans les critères de correction, un assouplissement des consignes pour ne pas ternir le bilan gouvernemental. En clair, le succès est peut-être plus politique que pédagogique.
Et pendant que l’on se réjouit dans les ministères, la réalité de la salle de classe, elle, devient de plus en plus amère. La baisse du niveau général des élèves est palpable. Les universités et les écoles de formation se retrouvent confrontées à une nouvelle génération d’apprenants dotés de diplômes mais démunis d’outils intellectuels de base. Cette réussite sans fondation risque d’exploser à moyen terme, à mesure que le système absorbera des cohortes toujours plus nombreuses et toujours moins préparées.
Face à cette situation, plusieurs recommandations s’imposent si l’on veut éviter que l’école béninoise ne sombre dans une logique d’apparence au détriment de la substance. Il faudra réinstaurer l’exigence académique. Les examens doivent redevenir des instruments d’évaluation rigoureux, et non des cérémonies de décoration massive. Réaliser un audit indépendant des résultats 2025, pour comprendre les écarts entre taux de réussite et compétences réelles, et identifier les failles dans la chaîne d’évaluation. De plus, il faudra renforcer la formation initiale et continue des enseignants, avec des modules adaptés aux réalités du terrain et aux nouveaux défis pédagogiques. Il est aussi important de revaloriser les pratiques de lecture, d’écriture et de pensée critique dès le primaire, en sortant de la logique du « tout par cœur » et des corrigés-types. Associer les syndicats, les enseignants, les parents et les élèves à une réflexion nationale sur la qualité de l’éducation et la finalité des examens. Le système éducatif béninois se trouve à une croisée des chemins. Soit il choisit la voie de la vérité et de la rigueur, fût-ce au prix d’un recul momentané des taux, soit il s’enfonce dans l’illusion d’une excellence statistique déconnectée des réalités. Car une nation ne se construit pas sur des pourcentages, mais sur des intelligences formées, capables de penser, d’innover, de servir.
La réussite doit redevenir le reflet d’un savoir maîtrisé, et non un simple indicateur politique. Le salut de l’école béninoise passera par la vérité, même si elle déplaît, et par le courage de construire lentement, mais sûrement.
Tibauth K. OTCHERE