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À moins d’un mois du scrutin présidentiel du 12 avril 2026, la physionomie de la campagne béninoise prend des contours de plus en plus nets, presque irréversibles. Dans ce sprint final, l’observation du terrain révèle un contraste saisissant entre les deux duos en lice. D’un côté, le tandem de la mouvance présidentielle, Romuald Wadagni et Mariam Chabi Talata, bénéficie d’une déferlante de soutiens populaires et structurés à travers tout le territoire. De l’autre, le duo de l’opposition, issu de la Fcbe, semble évoluer dans un relatif anonymat, peinant à mobiliser au-delà de cercles restreints. Cette asymétrie dans les mouvements de soutien n’est pas anecdotique. Elle est le révélateur d’un rapport de force déséquilibré qui, sauf séisme politique majeur, devrait logiquement conduire le duo Wadagni-Talata à une victoire dès le premier tour, tandis que l’opposition risque de vivre une déroute électorale dont elle aura du mal à se relever.
Une mobilisation nationale qui transforme l’essai
Le premier enseignement majeur de cette campagne est la puissance de déploiement de la plateforme “Soutien RoW 2026”. Le 7 mars dernier, ce collectif a démontré sa capacité à structurer le soutien populaire en organisant des rassemblements simultanés dans pas moins de sept départements, mobilisant officiellement plus de 500 mouvements à travers le pays. Cette mécanique bien huilée ne s’est pas construite en un jour. Elle est le fruit d’un travail de terrain méthodique, visible à tous les niveaux de la société. Des mouvements et creusets, qui incarnent l’ancrage local et la base militante, aux cadres de la diaspora réunis au sein de “BUS Diaspora” en France, en passant par les figures politiques aguerries des partis de la majorité (Union Progressiste Le Renouveau et Bloc Républicain), le rassemblement est total. L’objectif affiché par cette coalition est d’ailleurs très parlant : atteindre un taux de participation d’au moins 70 à 75%. Ce n’est pas un simple vœu pieux. C’est l’indication claire que le camp présidentiel ne se contente pas d’une victoire formelle. Il veut une victoire massive, plébiscitaire, qui transforme cette dynamique de soutien en bulletins de vote concrets dans les urnes.
Un contexte politique aux règles favorables
Cette vague de soutien ne flotte pas dans un vide politique. Elle est portée par un courant structurel puissant. Depuis l’invalidation de la candidature de Renaud Agbodjo (Les Démocrates) en octobre 2025, faute de parrainages suffisants, le vote d’alternance et de contestation se trouve orphelin. La Fcbe se retrouve ainsi, presque malgré elle, à incarner le seul recueil possible pour cet électorat, mais dont la dynamique et la crédibilité semblent avoir moins d’impact que l’adversaire.
Par ailleurs, Romuald Wadagni, artisan de la politique économique du président sortant Patrice Talon, bénéficie de l’appui sans faille d’un appareil d’État rôdé et d’une majorité parlementaire solidement acquise lors des législatives du 11 janvier 2026. Cette assise institutionnelle offre au duo présidentiel des relais d’opinion, une logistique et une capacité de déploiement que l’opposition ne peut tout simplement pas égaler.
Le silence assourdissant du camp Fcbe
En face, le constat est pour le moins préoccupant pour les démocrates. Le duo Hounkpè-Hounwanou peine à exister dans le débat public. Les analyses politiques convergent pour décrire une stratégie hésitante, voire absente. Les activités se limitent à des interventions ponctuelles, des contacts avec des acteurs dont la capacité de mobilisation est jugée modeste. Ce manque de soutien populaire n’est pas un simple détail de campagne. Il est le symptôme d’un mal plus profond : manque de capacités à incarner une alternative crédible et mobilisatrice. Dans un pays où les campagnes se gagnent aussi au contact, à la poignée de main et à la promesse de terrain, cette absence est synonyme d’une déconnexion avec l’électorat. Comment espérer créer la surprise le 12 avril quand on n’a pas réussi à rassembler, à convaincre, à émouvoir les foules durant les semaines décisives de la campagne ?
Un scrutin à deux vitesses
Au soir du 12 avril, si la tendance se confirme, deux scénarios se joueront simultanément. D’un côté, la consécration d’une machine électorale bien huilée : le duo Wadagni-Talata, porté par une vague de soutiens populaires et structurés, pourrait bien s’installer au palais de la Marina dès le premier tour, fort d’un mandat clair et d’une légitimité renforcée par une forte participation. De l’autre côté, le constat d’un naufrage annoncé pour le camp Fcbe. Le manque de soutien, l’absence de dynamique de terrain et l’incapacité à incarner un véritable recours pourraient se traduire par un score famélique, bien en deçà de ce que son statut de parti d’opposition pourrait laisser espérer.
Ce déséquilibre, palpable aujourd’hui sur le terrain, ne manquera pas d’avoir des conséquences bien au-delà du scrutin. Il redessinera en profondeur le paysage politique béninois, consacrant la toute-puissance de la mouvance présidentielle et plongeant l’opposition dans une crise existentielle dont il sera difficile de sortir.
✍️ Fiacre Kéface DAKODOUI