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C’est un secret de polichinelle : nominations et premières mesures sous l’ère du président Romuald WADAGNI font déjà la Une de l’actualité nationale. Entre formation du premier gouvernement quelques heures après son investiture le dimanche 24 mai, nomination de Conseillers et de ministres-conseillers, de nombreux Béninois affichent leur perplexité. Dans ce contexte, on est en droit de se demander si le successeur du chantre de la Rupture cède déjà à l’euphorie du pouvoir ou à la pression politique.
L. Sébastien DOFFA
À peine deux semaines après sa prise de fonction pour sept ans, le nouveau président béninois Romuald Wadagni déroule déjà le tapis de sa gouvernance. Pendant que des compatriotes saluaient la formation du premier gouvernement le jour même de son investiture, le successeur de Patrice TALON est allé vite en besogne.
Entre nominations de proches collaborateurs à la Présidence, nomination de Conseillers dans divers domaines, périple diplomatique du Nigéria au Niger puis au Burkina Faso, le nouveau locataire de la Marina est rentré au bercail pour tenir son deuxième Conseil des ministres avant de poursuivre sa tournée au Togo et en Côte d’Ivoire.
À l’issue de ce conclave, plusieurs décisions saluées sont tombées : prise en charge dans les formations sanitaires publiques des patients dont le pronostic vital est engagé, gratuité de la scolarité des filles dans l’enseignement général et technique… La liste n’est pas exhaustive.
Mais cette euphorie passagère ne masque pas une interrogation : le président Wadagni, venu pour assurer la continuité de l’action de son prédécesseur, perd-il déjà ses repères ?
Entre affirmation de soi avec un premier gouvernement purement technocrate de 25 ministres, et prise de mesures sociales fortes, une partie de l’opinion nationale s’inquiète, à raison selon nous, de la ligne politique du nouveau chef de l’État.
Car entre la rationalisation des dépenses publiques, tant vantée sous Patrice TALON avec les derniers licenciements à la Srtb, et le décret n° 2026-358 du 5 juin 2026 portant nomination des ministres-conseillers à la Présidence, le nouveau président n’a-t-il pas cédé trop tôt à la pression politique ? Au moment où une large frange de la population attendait la fin du collège des ministres-conseillers, où est passée la rationalisation des dépenses publiques tant chantée sous TALON ?
Dans un Bénin en proie au chômage des jeunes, alors que des voix autorisées évoquent même une crise économique mondiale dont le Bénin n’est pas exempté, s’il est compréhensible sur le plan politique de remercier les acteurs de la mouvance pour la victoire du 12 avril, il serait d’utilité publique que Romuald WADAGNI concentre l’énergie de son action sur la sortie des Béninois du gouffre de la pauvreté, pour rester fidèle à ses engagements de campagne.
Mieux, le contexte de nomination des ministres-conseillers sous TALON était celui d’une fin de règne. Leur mission était claire : vulgariser le bilan de dix ans et rallier la population autour du candidat de la mouvance. Ce contexte diffère-t-il de l’accession au pouvoir de son successeur ?
Si l’offensive diplomatique du président Romuald WADAGNI est saluée par tous, les Béninois espèrent qu’il dépassera la politique politicienne dès ses premières heures, pour éviter tout conflit de compétences. À quoi serviront encore ses Conseillers à la Présidence et ses trois chargés de mission aux affaires politiques avec le retour des ministres-conseillers ? N’est-ce pas une nomination de trop ?