
Dans l’ancien temps, les accessoires de mode traditionnelle utilisés par nos arrière-grands-mères pour embellir leur apparence comprenaient des bijoux, des coiffures, des tissus colorés. À ces choses, s’ajoutent des parures corporelles telles que les cassures des dents, des poudres des pommades corporelle fait à base d’huile rouge, des scarifications ou des tatouages, qui avaient souvent des significations culturelles ou spirituelles profondes. Mais force est de constater qu’au fils du temps, les femmes apportent des innovations au niveau de ces accessoires spécialement dans le domaine de l’esthétique. Les modes se sont succédé, avec des variations dans les formes, les matières et les couleurs, reflétant les influences culturelles et artistiques de chaque époque. Elles utilisent des faux ongles, des faux cils et gonflent même les lèvres. Pourquoi l’usage excessif des artifices esthétiques devient-il préoccupant ?
Une idée fixe d’esthétique s’impose dans tous les domaines de la société. À chaque défilé sur les réseaux sociaux, le constat est le même , des visages soignés, des peaux sans tâches. Ce qui était autrefois réservé aux personnes célèbres est désormais accessible ou plutôt exigé pour le commun des mortels. Elles mettent en scène des apparences soigneusement retouchées, donnant à voir une beauté lisse, presque irréelle. Dans cette condition, le naturel n’a plus sa place. Le maquillage est partout, les filtres embellissent, et la chirurgie esthétique n’est plus un tabou mais un rituel ce qui donne une pression constante à se perfectionner, à coller à un idéal fabriqué. Cette quête de l’image parfaite est également alimentée par une industrie très bonne, celle du marketing de l’insécurité comme des crèmes, injections, soins miracles qui consiste à transformer toute apparence et même possible tout le corps. La cosmétique moderne ne se contente plus de sublimer, elle corrige, transforme, efface. Mais elle ne corrige aucun défaut de nos jours, à notre époque. Il s’agit d’une nouvelle norme deshumanisante.
Cette pratique de la fausse apparence n’est pas sans conséquences. La première est la déformation des visages. Les lèvres gonflées, les cils interminables, les sourcils tracés au millimètre, les faux ongles. Autant de marqueurs d’un style qui s’impose au détriment de la diversité. Ce phénomène conduit à une perte d’identité. Les particularités naturelles, les traits culturels, tout ce qui faisait la singularité d’un visage est progressivement gommé. Les individus finissent par se ressembler, comme des sorcières que nous regardions dans des films africains car leurs visages font peur.
Mais cette transformation a aussi un coût du trompeur, celui du bien-être. Sur le plan physique, les pratiques esthétiques comportent des risques réels comme des infections, réactions allergiques, produits de contrefaçon, sans parler des effets irréversibles, néfastes de certaines interventions. Psychologiquement, la dépendance à l’image modifiée peut être dévastée. Pour beaucoup de filles et femmes, il devient difficile d’être fière de soi sans maquillage, sans retouches, sans artifices. L’estime de soi est désormais indexée à la capacité de paraître devant ou parmis les gens.
Au fond, cette tendance révèle une crise identitaire plus large et profonde. Celle d’une société obsédée par l’apparence, en perte de repères, des mœurs qui valorise l’image au détriment de la substance. En glorifiant le faux, on dévalorise le vrai, le corps réel, les imperfections, l’humain tout simplement.
Face à cette dérive, il devient urgent de réhabiliter la diversité des beautés, de défendre l’acceptation de soi et de questionner les modèles que nous consommons, partageons, imitons. Car à force de se transformer pour plaire aux autres, on finit parfois par ne plus se reconnaître soi-même.
✍️ Carmelle HOUNTON (Stg)