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Né le 31 décembre 1965 à Assaradé, dans la commune de Ouaké, Yacoubou Gaou est un instituteur aujourd’hui admis à la retraite. Il a intégré le corps enseignant après avoir réussi au concours de recrutement lancé par le gouvernement de la deuxième République sous le président Mathieu Kérékou, à travers le ministère de l’Éducation, en 1997. Il débute ainsi sa carrière dans l’enseignement primaire avant de faire valoir ses droits à la retraite le 1er octobre 2024.Dans ce deuxième numéro de la rubrique « Une vie, un métier » du journal L’Œil du Bénin, l’instituteur retraité revient sur son parcours, ses expériences dans l’enseignement et livre un message à l’endroit des enseignants ainsi que des élèves du primaire d’aujourd’hui.
La Rédaction : Comment décrivez-vous l’école primaire à l’époque où vous avez commencé à enseigner ?
Yacoubou Gaou : D’une manière générale, l’école reste et demeure le lieu où l’on reçoit l’éducation. Par rapport à la vie, l’école est d’abord un cadre où l’on apprend les règles de bienséance qui permettent de bien mener sa vie, d’acquérir de l’expérience et de développer la morale.
L’école contribue à éviter que l’enfant devienne un bandit ou qu’il soit en marge de la société. Elle lui apprend à adopter une bonne conduite au sein de la société. Par exemple, l’enfant apprend comment aborder ses parents et comment les saluer, car dans notre société la salutation est primordiale.
À cette époque, l’école englobait plusieurs valeurs telles que la morale, le civisme et le patriotisme. Le civisme, parce que l’enfant doit apprendre à respecter les biens de l’État. Ainsi, s’il devient plus tard responsable, il saura gérer rationnellement et judicieusement les biens publics.
Par exemple, je ne dois pas continuer à marcher lorsque je vois qu’on est en train de hisser un drapeau, quel que soit le pays. Tout cela s’enseigne à l’école dès le bas âge. On inculque aux enfants ces valeurs qui resteront en eux tout au long de leur vie.
Le patriotisme consiste également à travailler sans attendre forcément quelque chose en retour. Pour devenir un bon citoyen, c’est dès aujourd’hui que l’on commence.
Quelles difficultés rencontriez-vous le plus souvent dans l’enseignement des enfants ?
Les enfants viennent d’horizons divers, filles comme garçons. Ils ne sont pas issus des mêmes familles ni des mêmes villages. Parmi eux, certains sont très éveillés et comprennent rapidement ce que nous leur enseignons. D’autres, en revanche, sont plus timides, parlent peu et comprennent plus lentement.
Pour bien enseigner, nous devons amener ces différents types d’élèves au même niveau de compréhension avant de poursuivre les cours. C’est une difficulté que rencontre chaque enseignant.
Par exemple, dans une classe de 60 élèves, si après une leçon nous constatons que seulement 20 ont compris, nous ne pouvons pas passer à une autre leçon. Il faut au moins que les deux tiers de la classe aient compris. Il est donc nécessaire de faire une mise à niveau avant de continuer.
Y a-t-il un élève ou une histoire particulière qui vous a marqué durant votre carrière ?
Oui, bien sûr. En 2008, après l’obtention du CAP, j’ai été affecté dans une école en création. C’est moi qui ai participé à la création de l’école de Comedé Wékédé, située sur la voie de Séméré vers Ouaké centre. Un jour, pendant que je dispensais mes cours, il y avait un garçon en particulier qui ne me suivait pas. Il perturbait la classe et comprenait difficilement les leçons. Sous l’effet de la colère, je l’ai frappé et il s’est blessé à la tête. Le sang coulait. C’était une situation très grave pour moi. Je l’ai immédiatement transporté sur ma moto jusqu’à sa maison afin d’informer ses parents. Heureusement pour moi, cet enfant avait déjà ce comportement à la maison et les parents le connaissaient bien. Ils ont rasé sa tête avec une lame avant de l’emmener à l’hôpital pour les soins.
À partir de ce moment-là, j’ai définitivement abandonné le bâton. C’était en classe de CI en 2008. Depuis ce jour, je ne veux même plus voir un enfant avec un bâton en classe.
Cet événement m’a profondément marqué. Pendant tout le reste de ma carrière, je n’ai plus jamais utilisé le châtiment corporel jusqu’à ma retraite.
Lorsque je cadre les candidats au CEAP ou au CAP, je leur donne souvent cet exemple. Je leur interdis formellement le châtiment corporel, qui est d’ailleurs interdit par la loi depuis 1962.
Selon vous, quelles qualités doit avoir un bon instituteur du primaire ?
Un bon instituteur doit posséder plusieurs qualités. Il ne doit pas être mou ni faible devant ses élèves. Il doit être dynamique et attentif à toutes les catégories d’enfants présentes dans sa classe. Il doit aider les élèves qui comprennent plus lentement et encourager les plus doués à guider leurs camarades, tout en restant lui-même impliqué dans cet accompagnement.
Mais avant tout, l’instituteur doit être exemplaire : arriver à l’heure au service, aimer son travail et préparer correctement ses fiches pédagogiques afin de ne pas freiner l’évolution du programme.
Aujourd’hui que vous êtes à la retraite, quel regard portez-vous sur l’évolution de l’éducation dans notre pays ?
Lorsque je regarde en arrière, depuis 1997 où j’ai commencé l’enseignement jusqu’en 2024 où je suis parti à la retraite, je constate que l’enseignement a beaucoup évolué. L’enseignement évolue avec le temps. Si l’on compare l’école de notre époque à celle d’aujourd’hui, on remarque une grande différence.
À notre époque, on pratiquait ce qu’on appelait l’école coloniale, où les élèves devaient surtout réciter et apprendre les leçons par cœur. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas.
L’enseignement a beaucoup évolué et place désormais l’enfant au centre de son propre apprentissage. L’élève devient ainsi acteur de son savoir à travers le savoir, le savoir-faire et le savoir-être.
Interview réalisée et transcrite par Houzéifatou MOUSSA