El-hadji Adamou Moussa, un couturier originaire de Séméré, a choisi le métier de tailleur par passion et non par contrainte. Malgré les préjugés et les difficultés, il a réussi à se faire une place et à vivre en autonomie. Dans ce premier numéro de la rubrique “Une Vie, un Métier” de votre journal L’Œil du Bénin, il partage son expérience et ses conseils aux jeunes en apprentissage et à ceux qui sont réticents à exercer ce métier. Retrouvez l’intégralité de l’interview.

La Rédaction : Pourquoi avoir choisi ce métier ?
El Hadj Adamou Moussa : Issu d’une famille polygamique et n’ayant pas eu la chance d’être instruit, je me suis donné très tôt aux travaux champêtres avant de trouver ma voie dans le métier de tailleur que j’affirme avoir choisi « par passion et non par contrainte ». Pour moi, c’était une porte de sortie vers mon autonomie.
Quels sont les préjugés et difficultés auxquels vous étiez confronté dans l’exercice de votre métier ?
Le choix de ce métier a reçu l’acceptation de tout mon entourage. Les critiques ne manquaient pas, mais elles étaient en partie des critiques positives et d’encouragement. En ce qui concerne les difficultés dans l’exercice de ce métier, elles se situent la plupart du temps au niveau de la clientèle, par leurs exigences. Certains parmi eux mettent la pression dans la livraison de leurs habits, mais n’arrivent pas à régler la prestation. Dans certaines situations, on est obligé de leur fournir un service gratuit. Ceci pèse alors sur le rendement du travail accompli. Comme d’autres difficultés, il y a celles d’ordre technique où la machine à coudre est dysfonctionnelle, mettant un coup d’arrêt dans la confection des tenues, ce qui est une perte de confiance entre nous et les clients, car les tenues ne seront pas livrées à temps.
Peut-on vivre en toute autonomie en pratiquant ce métier ?
Après ma libération et mon diplôme en main, je me suis lancé dans l’auto-emploi. Les retombées de ce travail, surtout financières, m’ont permis de sortir de la maison familiale et d’obtenir mon indépendance. Ce qui m’a permis de créer mon propre foyer, doter mes femmes et assurer leurs besoins. Ce métier m’a permis également d’envoyer tous mes enfants à l’école, dont la majorité sont à l’Université. À côté de ce métier, je m’adonne également aux travaux champêtres.
À quoi ressemble une journée en atelier, comparée à la vie de retraité dont vous jouissez aujourd’hui ?
Chaque matin, je procède au nettoyage des machines afin de maintenir leurs performances régulières. Et ensuite, place au travail du quotidien. En cas d’absence de travail, j’apporte un appui à mon patron ou encore je m’occupe de son champ. Aujourd’hui, une fois à la maison, les journées sont rythmées par des allers-retours au champ, qui est un véritable passe-temps pour moi.
Quels conseils donnez-vous à ces jeunes en apprentissage, ainsi qu’à ceux qui sont réticents à exercer ce métier ?
Je conseille aux jeunes d’armer de courage, d’être ambitieux, même si le même professionnalisme s’installe, l’effort personnel et l’appui du patron peuvent s’avérer nécessaires. L’humilité guide également celui qui veut être performant et s’améliorer. À ceux qui sont réticents, je leur demande d’abord d’être passionnés et d’ essayer pour comprendre qu’il n’y a pas de sous-métier.
Interview réalisée et transcrite par Houzéifatou MOUSSA