
Le non-paiement des frais de scolarité par certains apprenants est une réalité qui touche aujourd’hui la majorité des collèges publics et privés au Bénin. Ce phénomène, récurrent chaque année académique, met en difficulté les administrations scolaires et soulève de nombreuses interrogations sur le fonctionnement du système éducatif face aux réalités socioéconomiques des familles. Un paiement encadré par les textes officiels.
Houzéifatou MOUSSA (Stg)
Au Bénin, le paiement des frais de contribution scolaire est régi par le règlement pédagogique en vigueur, signé par le feu ministre Yves Chabi Kouaro en charge des enseignements secondaire, technique et de la formation professionnelle le 17 septembre 2024 en son article 29 alinéa 1: «Tous les élèves sont astreints au paiement de la contribution scolaire, sauf cas d’exonération prévus par la loi. Les nouveaux élèves en classe de 6ᵉ ainsi que les élèves transférés, doivent s’acquitter de l’intégralité des frais avant leur inscription. Les anciens élèves, quant à eux, disposent d’un délai fixé à la fin du premier trimestre pour régulariser leur situation » a expliqué Salomon Adjeran, Gestionnaire comptable au Ceg Hubert C. Maga de Parakou. «Passé ce délai, les élèves non à jour sont considérés en situation d’irrégularité, ce qui nous autorise à prendre des mesures conformément aux textes en vigueur », a-t-il ajouté. Aucun élève n’est renvoyé pendant la période des devoirs ou des évaluations. Cette mesure vise à préserver l’équité scolaire, le devoir étant une évaluation qu’on ne peut reprendre ultérieurement. Toutefois, après cette période, les chefs d’établissement et les gestionnaires sont tenus de faire respecter le règlement, parfois par des renvois temporaires destinés à amener les parents à régulariser le paiement.
Une contribution essentielle au fonctionnement des établissements scolaires
Salomon Adjeran a également souligné que « Les frais de scolarité constituent la principale source de financement du fonctionnement des établissements publics. Ils permettent notamment le paiement de l’électricité, l’achat de fournitures pédagogiques comme la craie, ainsi que la prise en charge de certaines dépenses courantes ». En l’absence de ces ressources, de nombreux établissements se retrouvent confrontés à de sérieuses difficultés de gestion.
Les montants à payer varient d’un département à un autre, conformément aux arrêtés ministériels en vigueur, et sont plus élevés pour les élèves étrangers, tant au premier qu’au second cycle.
Les élèves face aux réalités économiques des familles
Du côté des élèves, les témoignages convergent vers les mêmes causes. Selon Modeste Kakpo et Mohamed Aleya, tous élèves en classe de 5ème 4 au Ceg Hubert Maga de Parakou, le manque de moyens financiers des parents, le chômage, les retards de salaire ou encore les charges familiales élevées constituent des causes principales du non paiement à temps des frais de scolarité. Ces élèves reconnaissent que ces difficultés entraînent parfois des retards de paiement, avec pour conséquences : « des renvois temporaires, des absences en classe et, dans certains cas, le manque d’interrogations et de cours».Cependant, ils soulignent également que les administrations scolaires procèdent le plus souvent à des avertissements préalables avant toute sanction, afin de permettre aux parents de se manifester.
Un appel de vigilance aux parents d’élèves
Le gestionnaire comptable Salomon Adjeran insiste sur la responsabilité des parents dans le suivi du paiement des frais de scolarité. « Ils devraient se déplacer eux-mêmes pour effectuer le paiement, surtout lorsqu’ils n’ont pas confiance en leurs enfants, afin d’éviter les cas où l’argent remis est utilisé à d’autres fins » a-t-il dit. Cette vigilance parentale est présentée comme une solution simple mais efficace pour limiter les irrégularités et protéger le parcours scolaire des élèves.
Le non-paiement des frais de scolarité au Bénin apparaît ainsi comme un phénomène national, révélateur des difficultés économiques que traversent de nombreuses familles. Entre application stricte des textes réglementaires et prise en compte de la réalité sociale, les établissements scolaires évoluent sur une ligne fragile. Une meilleure collaboration entre parents, élèves et administrations scolaires demeure essentielle pour garantir le bon fonctionnement des écoles et assurer un avenir éducatif stable à tous les apprenants.